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« La Grèce tendra un miroir à l’Europe »

Ministre du Travail d’Alexis Tsipras, Georges Katrougalos défend le troisième accord obtenu par Syriza et explique pourquoi seul son gouvernement peut, selon lui, ménager aux Grecs l’espoir d’un meilleur avenir.

Regards. Les résultats des élections de dimanche ont été marqués par une nette victoire de Syriza et par une abstention plus forte des électeurs. Comment interprétez-vous ces résultats ? Quel mandat avez reçu ?

Georges Katrougalos. Le peuple grec soutient toujours Syriza, malgré la lutte enragée des médias dominants, pour deux raisons principales. Parce que nous sommes la seule force politique qui peut lutter contre les oligarques, comme nous avons toujours affronté le système politique corrompu qu’ils ont bâti. Et parce que le peuple grec, malgré l’accord qui nous a été imposé par un rapport de forces écrasant, croit que c’est seulement avec nous qu’il peut espérer se sortir, peu à peu, de l’austérité néolibérale, au terme de négociations dures mais sincères avec les institutions européennes. Ce n’est d’ailleurs pas seulement l’espoir d’un meilleur avenir qui différencie la gauche de la droite, c’est le respect du principe de justice sociale, des droits et libertés. Pour ma part, je continue au même poste du ministre du Travail, de la Sécurité sociale et de la Solidarité sociale, et j’espère pouvoir y servir ces idéaux.

Dans le cadre du mémorandum, le nouveau gouvernement Tspiras pourra-t-il être autre chose qu’un gouvernement "normalisé", c’est-à-dire menant une politique de super austérité et de réformes libérales antisociales ? Par exemple pour le travail et l’emploi ?

Les deux premiers mémorandums consistait en des recettes d’application d’un néolibéralisme pur, qui déréglementaient presque complètement le marché du travail. Grâce à notre négociation, il n’y aucune mesure nouvelle concernant la dérèglementation du travail dans le nouveau mémorandum. Au contraire, nous nous sommes mis d’accord avec les institutions européennes sur une réglementation basée sur les "bonnes pratiques européennes".

En quoi consistent ces "bonnes pratiques" ?

Il n’y a pas d’accord entre nous et nos créanciers quant au contenu exact de cette expression. Le FMI, spécialement, y voit des réformes de flexibilisation du travail, à l’instar des lois comme la loi Macron. Précisément pour cette raison, nous essayons de faire de cette négociation une affaire européenne, pas seulement bilatérale. La définition de ce qui constitue une bonne pratique pour les relations du travail n’intéresse pas seulement la Grèce, mais toute l’Europe. Dans ce cadre, nous avons placé toute la négociation sous tutelle, non seulement de l’Organisation internationale du travail, mais aussi du Parlement européen, et nous avons programmé une série de rencontres avec des ministres européens du Travail. Je dis toujours que, en ce qui concerne l’emploi, la Grèce tendra un miroir à l’Europe. Nous allons mettre en valeur les forces internationales, mais aussi le mouvement populaire collectif, et nous ramènerons les relations du travail dans la légitimité du modèle sociale européen.

« La dette est non seulement insoutenable, mais elle risque aussi de bouleverser la cohésion du projet européen »

La négociation sur la restructuration de la dette sera très importante. Quels résultats concrets espérez-vous obtenir ?

La dette n’est pas seulement un problème grec. Elle est liée à l’architecture de l’euro, qui fait produire des déficits aux pays de la périphérie, déficits qui correspondent presque exactement aux excédents de l’Allemagne. Pour cette raison, la dette est non seulement insoutenable, mais elle risque aussi de bouleverser la cohésion du projet européen. En ce qui concerne la Grèce, le soulagement de la dette, assurant une longue période sans intérêts et sans dettes amortissables, aiderait l’économie, le budget national, le capital et finalement le développement.

La lutte contre l’oligarchie et pour l’efficacité de l’État sera un autre point crucial. Quel est votre agenda ? Dans cette bataille, vous attendez vous à ce que les institutions européennes soient un appui ou un obstacle ?

Dans la lutte contre l’oligarchie nous disposons, globalement, de l’appui des institutions européennes – bien qu’elles la voient plutôt comme une bataille contre l’évasion fiscale. Nous ne sous-estimons pas cet aspect et nous avons déjà franchi des étapes importantes pour y faire face. Nous avons collecté 80 millions d’euros auprès des personnes de la fameuse liste Lagarde-Falsiani, nous avons conclu un accord avec la Suisse afin d’avoir accès aux comptes que possèdent les Grecs dans ses banques. Mais, hors de cette dimension qui concerne principalement la justice sociale, nous menons aussi une lutte pour la démocratisation du système politique et l’assainissement du paysage médiatique.

Quelle est la position du gouvernement en ce qui concerne les réfugiés et les migrants où la Grèce est en première ligne ?

La question des réfugiés et des migrants n’est pas une question qui peut être résolue par un pays seul, c’est un enjeu européen. Il faut changer le cadre institutionnel de Dublin I et II, qui fait peser tout le poids sur les pays aux frontières de l’Union et il faut, finalement, mener une politique commune d’immigration.

source : revue Regards, entretien par Bernard Marx. 1er octobre 2015/

http://www.regards.fr/web/article/georges-katrougalos-la-grece

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